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Un fleuve large de saveur d'automne

“Du rouge au vert
tout le jaune se meurt”
G. Apollinaire

Toi qui as la précision 
accrochée au revers:
à quelle date sommes-nous aujourd'hui?

L'odeur de la terre humide
apporte dans ses poches
des nouvelles du monde:
du rouge au vert
tout le jaune se meurt;
de ma maison au marché
les enfants meurent
au désert.

Dans les journaux on parle
de la guerre
et le ciel avance.
Dans les journaux on parle
des orages de sable
au désert
et les oiseaux émigrent
de mon ciel d'automne.

Tandis que j'allume une cigarette
tandis que le linge
sèche au soleil
les enfants meurent
au désert.

Du rouge au vert
tout le jaune se meurt

Et les maisons sont abandonnées
par leurs propriétaires,
et les veuves laissent des fleurs
au milieu des lits
et partent,
elles couvrent leur peau
avec leurs chiffons de veuve
avec leurs foulards de deuil
avec leurs vêtements de fumée
et marchent
au bord du ciel
et marchent au bord
du monde.

Dans ma cour avec des pots
des fleurs tombent du ciel
et tombent aussi
des oiseaux traversés
par le son de la guerre,
et les mères s'éveillent
sous un autre ciel
et aux marchés
les fruits, les poissons,
les cris des marchants, n'ont
de sons de deuil,
ni des veuves qui fuient
vers les frontières
ni des tremblements de terre
nul ne secoue du verre moulu
des couvertures
ni les curés balaient des décombres
dans les cathédrales et les églises;
je ne contemple ce matin
dans mon ciel d'automne
le pèlerinage immense
des cercueils et des foulards
qui, quelque part dans le monde,
se dénouent; la poussière, le sable,
le désert brûlant,
où, à ce qu’on dit, était le Paradis
le Paradis désiré
sur le point de se perdre,
où un enfant rêve encore
qu’il a des bras
et une famille, et ses jambes
inquiètes de douze ans
courent par les immenses
sables et il saute, cherche
des nuages, défie les lois
de la physique, en rêvant
par les terres d'Ur
à l'ombre monumentale
des ruines de Babylone.

Du rouge au vert
tout le jaune se meurt

Entre ta poitrine
et la mienne
le jaune se meurt.
entre tes ailes et mon rêve
le jaune se meurt.
Entre tes jambes
et les miennes
l'automne se meurt,
à quatre mètres du ciel
à venir
à quatre gouttes de la pluie
ou de la rosée
à trois jours d'un coup de feu
démolisseur et aveugle
à deux minutes de la gloire
ou de l'échec
à une seconde qui attend
en dégouttant l'aube
ta bouche de lumière
ta flamme
pour compenser peut-être
ce cri qui vole incessant
entre deux fleuves qui emmènent
la mort
cet hurlement qui traverse le ciel
les orages la chaleur
un cri qui traverse le désert, ta poitrine
ta demeure
et frappe comme un poing
d'acier
les fenêtres de ma chambre,
ici, dans mon petit ciel
d'automne,
trop loin
des hommes récemment rasés
qui ne retourneront pas chez eux
des femmes
qui causent à l’entrée
d'un marché
sans savoir que cette nuit
elles dormiront avec la mort;
de ceux qui ont chanté
sous les douches
pour la dernière fois, de belles
chansons âgées de vingt siècles,
et qui n'ont jamais eu des nouvelles
de nous ni de ce fleuve
ni du nom du fleuve
qui nous nomme et qui nous traverse
de sa douce identité.

Ici au Sud,
où nous vieillissons
en regardant les couchants.

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© 2009 Jorge Palma - labrador@jorgepalma.com.uy - www.jorgepalma.com.uy